Le Notre Père et le Gure Aita : la prière reçue du Christ
Le Notre Père, appelé aussi Oraison dominicale, c’est-à-dire la prière du Seigneur,
occupe une place unique dans la tradition chrétienne. Elle n’est pas d’abord une prière composée
par l’Église : elle est la prière que Jésus lui-même transmet à ses disciples lorsqu’ils lui demandent :
« Seigneur, apprends-nous à prier ».
Dans notre paroisse, cette prière peut aussi résonner en basque sous le nom de Gure Aita.
Elle unit alors la foi reçue de l’Évangile, la tradition liturgique de l’Église et la mémoire spirituelle
du Pays Basque, où la prière chantée garde une place forte dans la vie communautaire.
Une prière enracinée dans l’Écriture
Le Notre Père est transmis dans deux passages de l’Évangile : chez saint Matthieu,
au cœur du Sermon sur la montagne, et chez saint Luc, dans un contexte plus direct
d’enseignement sur la prière. La version que nous prions aujourd’hui vient principalement de la
tradition de Matthieu, enrichie et transmise par l’usage vivant de l’Église.
Cette prière nous apprend à entrer dans la relation filiale du Christ avec son Père.
Elle commence non par une demande individuelle, mais par une parole de confiance :
« Notre Père ». Le croyant ne prie donc pas seul, isolé devant Dieu ; il prie comme membre
d’un peuple, comme frère ou sœur dans le Christ.
Les grandes demandes du Notre Père
Le Notre Père nous fait demander d’abord que le nom de Dieu soit sanctifié, que son règne vienne
et que sa volonté soit faite. Puis il nous apprend à demander le pain de chaque jour, le pardon,
la force dans l’épreuve et la délivrance du mal.
Toute la vie chrétienne est contenue dans cette prière : l’adoration, la confiance, le pardon,
le combat spirituel, la fraternité et l’espérance du Royaume.
Une prière très ancienne dans la vie de l’Église
Dès les premiers siècles, le Notre Père devient une prière centrale des chrétiens.
La Didachè, l’un des plus anciens écrits chrétiens après le Nouveau Testament,
recommande déjà de prier le Notre Père trois fois par jour. Cette indication montre que la prière
du Seigneur n’était pas seulement connue : elle structurait déjà la vie quotidienne des premières
communautés chrétiennes.
Dans l’initiation chrétienne ancienne, le Notre Père était aussi remis aux catéchumènes comme
un trésor de la foi. On ne le recevait pas comme une simple formule à apprendre, mais comme
une prière de fils et de filles adoptifs, donnée à ceux qui allaient entrer pleinement dans la vie
baptismale.
À quel moment le Notre Père est-il entré dans la messe ?
Le Notre Père est attesté très tôt dans la célébration eucharistique. Dans le rite romain,
sa place actuelle — après la prière eucharistique et avant la fraction du pain — est traditionnellement
associée à saint Grégoire le Grand, pape de 590 à 604, qui lui donne sa position juste après le Canon romain.
Aujourd’hui, dans la messe catholique, le Notre Père ouvre les rites de communion.
Il prépare les fidèles à recevoir le Corps du Christ : on y demande le pain quotidien, qui évoque
pour les chrétiens le pain eucharistique, et l’on implore la purification des péchés avant de communier.
Le prêtre introduit la prière par une formule comme :
« Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire ».
Puis toute l’assemblée prie le Notre Père. Le prêtre prolonge ensuite la dernière demande par
l’embolisme : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur… », avant que l’assemblée ne réponde par
la doxologie : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire… ».
Le Gure Aita : le Notre Père chanté au Pays Basque
Au Pays Basque, lors de l’eucharistie, il est courant que nous chantions la version basque
du Notre Père : le Gure Aita. Cette prière chantée fait partie de la mémoire spirituelle
et liturgique de nos communautés. Elle unit la prière reçue du Christ à la langue du pays,
dans une même foi partagée par toute l’Église.
Dans nos églises de Bidart, Guéthary et Acotz, ce chant rappelle que la liturgie est aussi portée
par une histoire, une terre, une langue et une communauté vivante.
Le Gure Aita n’est donc pas une autre prière : il est la même prière du Seigneur,
transmise dans la langue basque. En le chantant ensemble au cours de la messe, l’assemblée
exprime à la fois son enracinement local et son appartenance à l’Église universelle.
Une même foi, plusieurs langues
Prier le Notre Père en français, en latin, en basque ou dans toute autre langue,
c’est entrer dans la même prière de Jésus. La diversité des langues ne divise pas l’Église :
elle manifeste au contraire la catholicité de la foi, capable de rejoindre chaque peuple
dans sa langue, son histoire et sa sensibilité.
Sainte Thérèse d’Avila et le Notre Père
Sainte Thérèse d’Avila a longuement médité le Notre Père dans son ouvrage
Le Chemin de perfection. Pour elle, cette prière n’est pas une récitation mécanique :
elle est une école d’oraison. Elle invite à prier en présence du Christ, puisque c’est lui-même
qui nous a enseigné cette prière.
Elle écrit :
« Quelle meilleure compagnie pouvez-vous trouver que celle du Maître même qui a enseigné la prière que vous allez faire ? »
Cette phrase résume toute sa pédagogie spirituelle : lorsque nous prions le Notre Père,
nous ne répétons pas seulement des mots. Nous nous mettons en présence du Christ,
nous recevons sa manière de parler au Père, et nous apprenons à devenir fils et filles
dans le Fils.
Une prière simple, mais jamais banale
Parce qu’il est connu par cœur, le Notre Père risque parfois d’être récité trop vite.
Pourtant, chaque mot ouvre un chemin de conversion. Dire « Notre », c’est renoncer
à prier seulement pour soi. Dire « Père », c’est entrer dans la confiance.
Demander le pain, c’est reconnaître notre dépendance. Demander le pardon, c’est accepter
de pardonner à notre tour. Demander d’être délivrés du mal, c’est reconnaître que nous avons
besoin de Dieu dans le combat spirituel.
Le Notre Père est ainsi une prière de chaque jour, mais aussi une prière de toute la vie.
Elle accompagne l’enfant qui apprend à prier, le fidèle qui communie, la famille rassemblée,
le malade, le mourant, et toute l’Église en marche vers le Royaume.
Sources
Évangile selon saint Matthieu 6, 9-13 ; Évangile selon saint Luc 11, 1-4.
Présentation générale du Missel romain, n° 80-81 et n° 152-153.
Service national de la catéchèse et du catéchuménat, dossier sur le Notre Père.
La Maison-Dieu, « La place du Notre Père dans la liturgie ».
Sainte Thérèse d’Avila, Le Chemin de perfection, chapitres 26 à 29.
Kanta Jaunari, texte liturgique du Gure Aita.
