Le Christ est là : la petite veilleuse rouge que beaucoup de visiteurs ne voient pas
Les églises du Pays basque accueillent chaque été de nombreux visiteurs
Chaque été, nos églises du Pays basque ouvrent largement leurs portes. Beaucoup de visiteurs viennent admirer leurs vitraux, leurs statues, leurs retables, leur architecture romane ou gothique, ou encore découvrir l’histoire de ces lieux qui ont traversé les siècles.
Et nous avons raison de prendre soin de leur beauté. Ce patrimoine raconte la foi de générations de femmes et d’hommes qui nous ont précédés.
Mais il arrive souvent que le regard s’arrête à la beauté des pierres sans découvrir le cœur vivant de l’église.
Car lorsque nous entrons dans une église catholique, nous ne sommes pas seulement dans un monument historique.
Nous ne sommes pas seuls.
Le Christ est là.
Une petite lumière rouge, souvent discrète, en est le signe silencieux.
Cette veilleuse indique que le tabernacle contient des hosties consacrées et que, selon la foi de l’Église catholique, Jésus-Christ y est réellement présent.
Une rencontre qui change notre manière d’entrer dans une église
Pour ma part, même si j’aime beaucoup les protestants et si je rends grâce pour tout ce que nous partageons dans la foi au Christ, cette réalité constitue une différence fondamentale dont j’ai fait l’expérience il y a très longtemps.
J’ai compris peu à peu que le tabernacle n’était pas un simple meuble liturgique destiné à conserver du pain consacré.
Le tabernacle est habité par sa présence.
Cette présence n’est pas une simple manière de parler. Elle n’est pas seulement une image destinée à aider la prière ou le souvenir d’un événement passé.
Pour l’Église catholique, il s’agit de la présence réelle du Christ ressuscité.
C’est cette certitude qui explique le silence que nous essayons de conserver dans nos églises, la génuflexion devant le tabernacle, l’adoration eucharistique et cette petite veilleuse rouge qui brûle auprès du Saint-Sacrement.
Comment une petite hostie peut-elle devenir la présence réelle du Christ ?
Les paroles de Jésus lors de la dernière Cène
Lors de chaque messe, le prêtre reprend les paroles prononcées par Jésus lors de la dernière Cène :
« Prenez et mangez-en tous : ceci est mon Corps livré pour vous. »
Puis il prononce les paroles sur la coupe :
« Prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon Sang. »
Pour l’Église catholique, ces paroles ne sont pas seulement la répétition symbolique d’un souvenir.
Le prêtre agit in persona Christi, c’est-à-dire dans la personne du Christ. Ce n’est donc pas seulement un homme qui parle : c’est le Christ lui-même qui agit sacramentellement à travers le ministère du prêtre.
L’action de l’Esprit Saint
Avant la consécration, le prêtre étend les mains sur le pain et le vin et demande au Père d’envoyer l’Esprit Saint sur les offrandes.
Cette invocation est appelée l’épiclèse.
Par l’action de l’Esprit Saint et par les paroles du Christ, le pain et le vin deviennent véritablement le Corps et le Sang du Christ.
Le goût, la couleur, la texture et l’apparence du pain et du vin demeurent inchangés. Pourtant, leur réalité profonde est transformée.
La transsubstantiation
Pour exprimer ce mystère, l’Église catholique utilise le mot transsubstantiation.
Ce terme signifie que toute la substance du pain devient la substance du Corps du Christ et que toute la substance du vin devient la substance de son Sang.
Les apparences sensibles du pain et du vin demeurent, mais ce qu’ils sont profondément est changé par la puissance de Dieu.
Ce mot ne prétend pas enfermer le mystère de l’Eucharistie dans une explication humaine. Il cherche simplement à affirmer que la transformation est réelle et qu’elle ne dépend ni de notre imagination ni de l’intensité de notre foi personnelle.
Même si nos sens continuent de percevoir une petite hostie, la foi de l’Église reconnaît en elle le Christ tout entier, réellement et sacramentellement présent.
Le Christ est présent tout entier dans l’Eucharistie
Dans chaque hostie consacrée, le Christ n’est pas présent en partie.
Il est présent tout entier : avec son Corps, son Sang, son âme et sa divinité.
Le Christ ressuscité ne peut pas être divisé. Il est donc présent tout entier sous l’apparence du pain et tout entier sous l’apparence du vin.
Il est également présent tout entier dans chaque parcelle d’une hostie consacrée.
C’est pourquoi l’Église demande que l’Eucharistie soit reçue et conservée avec le plus grand respect.
Pourquoi les hosties consacrées sont-elles conservées dans le tabernacle ?
Porter la communion aux malades
Dès les premiers siècles du christianisme, les fidèles ont conservé l’Eucharistie afin de pouvoir la porter aux malades, aux personnes âgées, aux prisonniers et à tous ceux qui ne pouvaient pas participer à la célébration.
Cette mission demeure encore aujourd’hui l’une des principales raisons de la conservation des hosties consacrées.
Demeurer auprès du Christ
Puisque la présence du Christ demeure aussi longtemps que subsistent les espèces eucharistiques, les hosties consacrées ne redeviennent pas du pain ordinaire lorsque la messe est terminée.
Elles sont déposées dans le tabernacle, un lieu solide, digne et protégé, réservé à la conservation du Saint-Sacrement.
Les catholiques peuvent donc venir prier devant le tabernacle en dehors de la messe.
Ils ne viennent pas seulement méditer devant un symbole. Ils viennent demeurer auprès d’une personne : Jésus-Christ.
Que signifie la petite veilleuse rouge ?
La petite veilleuse rouge n’est pas un simple élément décoratif et elle ne sert pas uniquement à créer une atmosphère de recueillement.
Elle indique que le Saint-Sacrement est présent dans le tabernacle.
Lorsque la veilleuse est allumée, elle rappelle silencieusement que le Christ demeure dans cette église sous les espèces eucharistiques.
Elle peut être suspendue près du tabernacle ou placée à proximité. Selon les églises, elle prend parfois la forme d’une petite flamme, d’une lampe à huile ou d’une lumière électrique.
Sa couleur rouge évoque traditionnellement l’amour, le sacrifice, la vie donnée et la présence du Christ.
Pourquoi faisons-nous une génuflexion ?
Lorsqu’un catholique entre dans une église et repère le tabernacle ainsi que la veilleuse rouge, il peut faire une génuflexion en posant le genou droit à terre.
Ce geste n’est pas adressé au bâtiment, au tabernacle comme objet, aux statues ou aux décorations.
Il est adressé au Christ réellement présent dans l’Eucharistie.
La génuflexion est une manière corporelle de dire :
« Seigneur, je crois que tu es là. Je t’adore. »
Une personne qui ne peut pas s’agenouiller peut naturellement manifester son respect par une inclination profonde ou par un autre geste adapté à sa situation.
Une différence fondamentale avec de nombreuses traditions protestantes
Les catholiques et les protestants partagent la foi en Jésus-Christ, la lecture de la Bible, la prière, le baptême et le désir de vivre selon l’Évangile.
Il existe cependant des différences importantes dans la compréhension de l’Eucharistie ou de la Sainte-Cène.
Les traditions protestantes sont diverses. Certaines, notamment dans le luthéranisme, affirment avec force une présence réelle du Christ au cours de la célébration. D’autres parlent surtout d’une présence spirituelle. De nombreuses communautés évangéliques comprennent principalement le pain et le vin comme des signes ou comme le mémorial du dernier repas de Jésus.
Dans la foi catholique, le pain et le vin consacrés deviennent réellement le Corps et le Sang du Christ, et cette présence demeure après la messe.
C’est pour cette raison que les hosties sont conservées dans le tabernacle, qu’une veilleuse demeure allumée, que les fidèles font une génuflexion et qu’ils peuvent adorer le Saint-Sacrement.
Il ne s’agit pas de juger la foi des autres chrétiens, mais de comprendre ce qui constitue le cœur propre de la foi eucharistique catholique.
Ne pas passer à côté de l’essentiel
Admirer un vitrail, contempler une statue, observer un retable ou découvrir l’histoire d’une paroisse est une belle chose.
Mais il serait dommage de visiter une église catholique comme on visiterait uniquement un musée.
Les pierres parlent de l’histoire des hommes, de leur foi, de leur travail et de leurs prières.
Le tabernacle, lui, nous parle de la fidélité de Dieu et de la présence du Christ qui demeure au milieu de son peuple.
Peut-être suffit-il alors de lever les yeux vers cette petite veilleuse rouge, de s’arrêter quelques instants et de faire silence.
Elle semble murmurer à chaque visiteur :
« Tu n’es pas seul. Le Christ est là. »
Lydie GOYENETCHE
Sources
Évangile selon saint Matthieu, chapitre 26, versets 26 à 29.
Évangile selon saint Marc, chapitre 14, versets 22 à 25.
Évangile selon saint Luc, chapitre 22, versets 14 à 20.
Évangile selon saint Jean, chapitre 6, versets 22 à 71.
Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, chapitre 10, versets 16 à 17.
Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, chapitre 11, versets 23 à 29.
Catéchisme de l’Église catholique, paragraphes 1322 à 1419, notamment les paragraphes 1373 à 1381 concernant la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie.
Concile de Trente, treizième session, décret sur le très saint sacrement de l’Eucharistie, 1551.
Concile Vatican II, constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium, 4 décembre 1963.
Instruction générale du Missel romain, dispositions concernant le respect dû au Saint-Sacrement et la génuflexion.
Code de droit canonique, canons 934 à 944, concernant la réserve et le culte de la très sainte Eucharistie.

