Théologie de la croix et vulnérabilité : la Résurrection comme témoignage

« Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort. »

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, 1, 27

Nous sommes habitués à croire que les messages les plus puissants sont portés par ceux qui parlent le plus fort, ceux qui occupent la première place, ceux que notre époque qualifierait de personnalités influentes ou incontournables.

Nous imaginons volontiers que l’autorité dépend de la visibilité, du prestige, de la puissance sociale ou de la capacité à imposer son récit. Celui qui possède les réseaux, les titres et les moyens de se faire entendre semblerait naturellement destiné à laisser une trace.

L’histoire de Jésus nous révèle pourtant un chemin radicalement différent.

De sa naissance dans la pauvreté jusqu’à sa mort sur la croix, le Christ choisit de s’exposer à la vulnérabilité humaine. Il naît loin des lieux de pouvoir. Il connaît la dépendance de l’enfant, l’exil, la vie cachée, la fatigue, la faim, l’incompréhension, le rejet et finalement l’abandon.

Son ministère ne repose pas sur une puissance institutionnelle. Jésus ne dispose ni d’une armée, ni d’un palais, ni d’une fonction officielle reconnue par les autorités de son temps. Il ne cherche pas à protéger son influence en évitant ceux que la société considère comme impurs, fragiles ou infréquentables.

Il touche les malades, mange avec les pécheurs, accueille les enfants, parle aux femmes, s’approche des lépreux et rend leur dignité à ceux que les regards sociaux avaient déjà condamnés.

Puis vient la croix.

Aux yeux du monde, elle aurait dû réduire son message au silence. Jésus est arrêté, jugé, humilié publiquement et exécuté comme un criminel. Ses adversaires disposent alors de l’autorité religieuse, politique et judiciaire. Ils paraissent avoir remporté la victoire.

Pourtant, près de deux mille ans plus tard, c’est encore la parole du Crucifié qui traverse les siècles. Nous connaissons certains noms associés à sa condamnation, mais leur influence demeure sans commune mesure avec celle de Jésus. Leurs discours de pouvoir se sont dissipés, tandis que ses paroles continuent d’être priées, méditées, proclamées et vécues sur tous les continents.

La force du message chrétien ne vient donc pas d’une victoire obtenue par la domination. Elle naît du témoignage d’un amour qui accepte de se rendre vulnérable et que la mort elle-même ne parvient pas à détruire.

La Résurrection ne supprime pas la croix. Elle en révèle le sens.

Elle témoigne que la vulnérabilité offerte par amour n’est pas stérile, que le don de soi n’est pas une défaite et que la vérité peut continuer d’agir même lorsque celui qui la porte semble avoir été réduit au silence.

Un Dieu qui accepte de devenir vulnérable

La vulnérabilité du Christ ne commence pas au Golgotha. Elle est déjà présente dans le mystère de l’Incarnation.

Dieu choisit de venir au monde sous la forme d’un enfant. Il accepte d’avoir besoin d’une mère, d’être nourri, porté et protégé. Celui que la foi chrétienne reconnaît comme le Verbe éternel entre dans l’histoire sans s’imposer.

Il se remet entre les mains de Marie et de Joseph. Il accepte la lenteur de la croissance humaine, l’apprentissage, la vie quotidienne et l’obscurité d’une existence longtemps inconnue.

La crèche révèle déjà quelque chose de la croix : Dieu ne sauve pas l’humanité depuis une position extérieure et inaccessible. Il entre dans sa fragilité.

À Bethléem, le Christ est un enfant qui peut être rejeté, déplacé ou menacé. Au Calvaire, il devient un homme livré au jugement et à la violence des autres.

De la crèche à la croix, un même mouvement apparaît : Dieu ne choisit pas de vaincre l’humanité par la force. Il choisit de se donner à elle.

Cette vulnérabilité n’est cependant ni une impuissance absolue ni une faiblesse recherchée pour elle-même. Jésus ne glorifie ni la violence ni l’injustice.

Sa vulnérabilité vient de sa décision de demeurer fidèle à l’amour, même lorsque cet amour l’expose au refus. Sa force ne consiste pas à devenir invulnérable. Elle consiste à ne pas laisser la peur transformer son amour en domination.

La croix n’est pas la glorification de la souffrance

Parler d’une théologie de la croix demande beaucoup de prudence.

La croix ne signifie pas que toute souffrance serait bonne, voulue directement par Dieu ou moralement supérieure au bonheur. Elle ne justifie pas la violence, l’humiliation, l’abus de pouvoir ou la soumission imposée aux personnes vulnérables.

Jésus ne traverse pas la souffrance parce qu’il la rechercherait. Il la traverse parce qu’il refuse de répondre à la violence par une violence semblable.

La croix révèle donc moins la valeur de la douleur que la fidélité de l’amour au cœur de l’épreuve.

Elle ne nous demande pas d’aimer ce qui détruit. Elle nous montre que ce qui détruit ne possède pas nécessairement le dernier mot.

Il existe une différence essentielle entre choisir librement de donner sa vie par amour et contraindre une personne à subir au nom de la religion. Le Christ offre sa vie ; personne ne peut utiliser cette offrande pour exiger d’un autre qu’il accepte l’injustice en silence.

La croix ne sacralise pas les bourreaux. Elle révèle leur violence. Elle ne transforme pas l’injustice en bien. Elle manifeste jusqu’où l’amour peut aller sans se laisser défigurer par la haine.

La vulnérabilité comme langage de la rencontre

Avant même d’apprendre à parler, l’être humain connaît le langage de la vulnérabilité. Le nourrisson pleure, cherche une présence et tend les bras avant de pouvoir expliquer son besoin.

La fragilité est ainsi l’une de nos premières manières d’entrer en relation. Elle dit que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes.

Avec le temps, nous apprenons souvent à dissimuler cette dépendance. Nous construisons des rôles, des défenses et des apparences de maîtrise. Nous voudrions être capables de tout comprendre, de tout contrôler et de tout porter seuls.

Mais les épreuves nous ramènent parfois à cette vérité élémentaire : nous avons besoin des autres.

Dans les Évangiles, ceux qui s’approchent de Jésus sont souvent des personnes qui ne peuvent plus maintenir l’illusion de leur autosuffisance.

Le malade demande à être guéri. L’aveugle crie malgré ceux qui voudraient le faire taire. La femme atteinte d’hémorragies touche discrètement le vêtement de Jésus. Le lépreux franchit la barrière sociale qui l’isole. Le père d’un enfant malade reconnaît à la fois sa foi et son doute.

Leur vulnérabilité ne les enferme pas nécessairement en eux-mêmes. Elle les met en mouvement vers une présence.

Ils ne viennent pas présenter une image parfaite. Ils viennent avec leur blessure, leur espérance et parfois leur dernière force. Jésus ne les humilie pas pour leur dépendance. Il accueille leur vérité.

Le Christ vulnérable devant le refus

Jésus lui-même ne demeure pas extérieur à cette expérience.

À Gethsémani, il ne joue pas le rôle d’un héros insensible. Il éprouve l’angoisse et demande à ses disciples de veiller avec lui. Il prie pour que la coupe s’éloigne, tout en remettant sa volonté entre les mains du Père.

Le Christ ne nie pas sa peur. Il ne transforme pas son trouble en spectacle, mais il ne le dissimule pas derrière une apparence de toute-puissance. Il demande une présence à ses amis.

Ceux-ci s’endorment.

La vulnérabilité expose toujours à cette possibilité : demander et ne pas être entendu, se confier et ne pas être soutenu, aimer et ne pas être aimé en retour.

À la croix, cette exposition devient extrême. Jésus connaît l’abandon, les moqueries et le silence. Il reprend le cri du psaume :

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Évangile selon saint Marc, 15, 34

La foi chrétienne n’efface pas ce cri. Elle l’a conservé au cœur même de l’Évangile.

Cela signifie que la détresse humaine peut être dite devant Dieu. La vulnérabilité n’est pas nécessairement un manque de foi. Elle peut devenir une prière lorsqu’elle refuse de se refermer totalement sur elle-même.

La Résurrection comme réponse du Père

Si l’histoire s’arrêtait au tombeau, la croix ne serait que le récit d’une injustice supplémentaire.

La Résurrection transforme cependant la signification de l’événement. Elle ne nie ni les plaies ni la mort. Elle atteste que le Père ne laisse pas le Fils dans le pouvoir de la mort.

Ressuscité, Jésus porte encore les marques de la crucifixion. Ses blessures ne sont pas effacées comme si rien ne s’était passé. Elles sont devenues les signes d’une histoire traversée, d’un amour demeuré fidèle et d’une mort vaincue.

Lorsque Thomas doute, Jésus ne lui présente pas un corps sans mémoire. Il lui montre ses mains et son côté.

« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

Évangile selon saint Jean, 20, 27

La Résurrection n’est donc pas un retour à l’invulnérabilité. Elle est la transfiguration de la vulnérabilité.

Les plaies ne sont plus le signe de la victoire des bourreaux. Elles deviennent le témoignage de l’amour qui a traversé la mort.

Jésus ressuscité n’efface pas son échec apparent pour construire après coup une histoire glorieuse. Il manifeste que l’amour donné n’a jamais été un échec aux yeux de Dieu.

Le tombeau vide ne suffit pas

La Résurrection est également un témoignage transmis par des personnes vulnérables.

Les premiers témoins ne sont ni les détenteurs du pouvoir politique ni les autorités religieuses qui ont organisé la condamnation de Jésus. Ce sont d’abord des femmes venues prendre soin d’un corps mort.

Elles ne se rendent pas au tombeau en espérant assister à une victoire spectaculaire. Elles viennent accomplir un geste d’amour et de fidélité dans le deuil.

C’est à elles que l’annonce est confiée. Marie Madeleine devient l’une des premières messagères de la Résurrection.

Le témoignage chrétien ne commence donc pas depuis une tribune de pouvoir, mais près d’un tombeau, dans les larmes, la surprise et la peur.

La Résurrection se transmet ensuite à travers des disciples qui ont fui, douté ou renié.

Pierre n’annonce pas le Christ ressuscité comme un homme qui aurait toujours été courageux. Il parle comme celui qui a connu sa propre faiblesse et reçu le pardon. Thomas confesse son Seigneur après avoir traversé le doute. Paul devient apôtre après avoir persécuté les premiers chrétiens.

Le témoignage évangélique n’est pas confié à des personnes sans faille. Il est confié à des êtres transformés.

Témoigner n’est pas imposer

La Résurrection ne devient pas un outil de domination.

Jésus ressuscité ne revient pas humilier ceux qui l’ont condamné. Il ne se présente pas devant Pilate pour lui démontrer publiquement son erreur. Il ne rassemble pas une foule afin d’organiser la revanche de ses disciples.

Il rejoint ceux qui ont peur. Il appelle Marie par son nom. Il marche avec les disciples d’Emmaüs. Il se tient au milieu des apôtres enfermés. Il prépare un repas au bord du lac.

La puissance de la Résurrection se manifeste dans la relation, la reconnaissance et la paix.

« La paix soit avec vous ! »

Évangile selon saint Jean, 20, 19

Le témoignage chrétien ne consiste donc pas à écraser l’autre sous la preuve de notre vérité. Il consiste à rendre visible, par une vie transformée, que la mort, la faute et la peur ne possèdent plus le dernier mot.

Le témoin ne proclame pas d’abord sa propre force. Il atteste ce qu’il a reçu.

Thérèse de Lisieux : le petit oiseau sous la pluie

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a exprimé cette spiritualité de la vulnérabilité à travers l’image d’un petit oiseau.

Elle se décrit comme un oiseau faible, couvert seulement d’un léger duvet et incapable de s’élever comme les grands aigles. Pourtant, malgré les nuages, le vent et la pluie, il garde les yeux fixés sur le Soleil divin.

Le petit oiseau ne nie pas son état. Il ne prétend pas voler alors que ses ailes sont mouillées. Il ne transforme pas sa petitesse en performance spirituelle.

Il demeure.

« Le petit oiseau ne change pas de place ; il sait que par-delà les nuages son Soleil brille toujours. »

Thérèse de Lisieux, Manuscrit B, folio 5 recto

Son espérance ne repose pas sur sa capacité à atteindre le soleil par ses propres forces, mais sur la certitude que le soleil demeure présent au-delà des nuages.

Cette image éclaire la théologie de la croix. Sur le Calvaire, tout semble obscurci. Le Christ est dépouillé, exposé et apparemment vaincu. Pourtant, sa relation au Père demeure le lieu profond dans lequel son offrande prend sens.

Thérèse comprend que la sainteté ne consiste pas à devenir un être humain invincible. Elle consiste à consentir à être aimé dans sa faiblesse.

« Être petit, c’est reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son père. »

Thérèse de Lisieux, Derniers Entretiens, 6 août 1897, n° 8

Cette petitesse ne signifie pas que l’être humain n’aurait aucune valeur. Elle désigne le renoncement à l’illusion de pouvoir se sauver, se construire et se rendre parfait par lui-même.

Le petit oiseau demeure tourné vers la lumière. La Résurrection atteste que cette attente n’est pas vaine.

Thérèse d’Avila : marcher dans la vérité

Sainte Thérèse d’Avila exprime une intuition complémentaire lorsqu’elle affirme que l’humilité consiste à « marcher dans la vérité ».

La vulnérabilité chrétienne ne demande pas de se rabaisser artificiellement. Elle invite à reconnaître avec vérité ce que nous sommes : des créatures limitées, dépendantes, capables de recevoir et d’aimer, mais incapables de se donner seules leur propre accomplissement.

« Dieu est la souveraine Vérité, et l’humilité consiste à marcher dans la vérité. »

Thérèse d’Avila, Le Château intérieur, Sixièmes Demeures, chapitre 10, n° 7

Marcher dans la vérité signifie ne pas se croire plus grand que ce que l’on est. Mais cela signifie également ne pas nier les dons reçus ni fuir les responsabilités confiées.

Thérèse d’Avila fut une femme de prière, mais aussi une fondatrice, une réformatrice et une femme de gouvernement. Son humilité ne la conduisit pas à l’effacement ou à la passivité.

Elle osa agir parce qu’elle ne considérait pas l’œuvre comme sa possession personnelle.

Sa vulnérabilité devant Dieu devint ainsi la source d’une grande liberté. Puisque tout ne reposait pas sur elle, elle pouvait entreprendre, demander de l’aide, recommencer et persévérer.

La croix révèle la vérité de la violence humaine et celle de l’amour du Christ. La Résurrection révèle la vérité de Dieu : il est le Dieu qui relève, qui rend la vie et qui ne laisse pas l’amour sombrer dans le néant.

Jean de la Croix : la nuit n’est pas le dernier mot

Saint Jean de la Croix explore la vulnérabilité à travers l’image de la nuit.

La nuit spirituelle est l’expérience dans laquelle les anciennes sécurités ne soutiennent plus la personne. Ce qui donnait auparavant de la consolation, de la compréhension ou de la maîtrise semble disparaître.

Jean de la Croix ne présente pas cette nuit comme une destruction recherchée pour elle-même. Elle est un passage de purification dans lequel l’être humain apprend à ne plus confondre Dieu avec les sensations, les idées ou les sécurités qu’il associait à sa présence.

« Pour venir à goûter tout, ne veuille avoir goût en rien. »

Jean de la Croix, La Montée du Carmel, livre I, chapitre 13, n° 11

La croix est la nuit du Christ. Les signes visibles de sa mission semblent disparaître. La foule n’est plus là. Les disciples se dispersent. Les miracles cessent. Le corps de Jésus est déposé dans un tombeau.

Pourtant, dans le silence du Samedi saint, Dieu agit.

La nuit ne produit pas elle-même la Résurrection. Mais elle devient le lieu où l’action de Dieu échappe à nos regards.

Jean de la Croix nous apprend ainsi que l’absence de signes visibles ne signifie pas nécessairement l’absence de Dieu.

La vulnérabilité de la foi consiste parfois à continuer de se tenir devant lui lorsque nous ne pouvons plus mesurer, comprendre ou ressentir son action.

Marie, témoin de la vulnérabilité du Christ

Marie accompagne le mystère de la vulnérabilité depuis la naissance jusqu’à la croix.

Elle reçoit un enfant qu’elle doit protéger, nourrir et porter. Elle connaît l’incertitude de l’exil et l’incompréhension devant certains événements de la vie de Jésus.

Au Calvaire, elle demeure debout.

Cette présence ne signifie pas qu’elle serait insensible à la souffrance. Elle témoigne d’une fidélité qui ne peut ni empêcher la mort ni résoudre immédiatement le scandale de la croix.

Marie ne parle pas pour couvrir le cri de son Fils. Elle demeure présente.

Il existe des moments où aimer ne consiste pas à expliquer, corriger ou apporter une solution. Aimer consiste à ne pas abandonner celui qui traverse l’épreuve.

La présence de Marie au pied de la croix révèle cette forme de témoignage silencieux. Elle ne possède pas encore la lumière du matin de Pâques. Elle reste pourtant liée à la promesse reçue.

La force secrète des vulnérables

Le monde associe souvent la puissance à la capacité de ne dépendre de personne.

L’Évangile révèle au contraire que l’autosuffisance peut devenir une fermeture. Celui qui croit ne rien avoir à recevoir ne peut plus être rejoint.

La personne vulnérable, elle, sait qu’elle a besoin d’une présence, d’une parole et parfois d’un secours. Cette ouverture peut l’exposer à la manipulation ou à l’abandon. Mais elle peut également devenir le lieu d’une rencontre véritable.

Jésus ne demande pas aux personnes fragiles de se rendre dignes avant de venir à lui.

Il ne dit pas au malade de guérir d’abord, au pécheur de devenir parfait ou à l’affligé de sécher ses larmes avant de s’approcher.

Il les rencontre là où ils se trouvent.

La vulnérabilité n’est pas alors une identité définitive. Elle devient un lieu de passage et de transformation.

Le Christ ne réduit jamais une personne à sa blessure. Il l’appelle, la relève et lui rend la possibilité d’agir.

La véritable compassion n’entretient pas la dépendance. Elle restaure la liberté.

L’Église comme communauté du Ressuscité

Une communauté chrétienne fidèle au mystère pascal ne devrait donc pas être le lieu où chacun est obligé de paraître fort.

Elle devrait pouvoir accueillir la fragilité sans l’exploiter, entendre la souffrance sans la juger et accompagner la personne sans parler à sa place.

Cela ne signifie pas renoncer à la vérité, aux limites ou à la responsabilité. Une communauté sécurisante n’est pas une communauté où tout serait permis ou où les conflits seraient artificiellement étouffés.

Elle est une communauté dans laquelle la vérité peut être dite sans que la personne soit immédiatement humiliée ou rejetée.

Le Ressuscité se présente au milieu de disciples fragiles et leur dit : « La paix soit avec vous. »

Il ne nie pas leur abandon. Il ne transforme pas non plus leur faute en identité définitive.

Il leur offre la paix, puis leur confie une mission.

L’Église devient réellement pascale lorsqu’elle accomplit ce même mouvement : reconnaître la blessure, offrir la réconciliation et rendre à chacun la possibilité de devenir témoin.

Conclusion : ce que la Résurrection fait entendre

Nous pensions que seuls les puissants, les célèbres ou les influents pouvaient porter une parole capable de traverser l’histoire.

Le Christ nous révèle le contraire.

Il naît dans la pauvreté, vit sans rechercher les honneurs, s’approche des personnes exclues, accepte d’être livré et meurt sur une croix.

Ceux qui le condamnent disposent apparemment de tous les moyens nécessaires pour imposer leur version des événements. Pourtant, leur victoire ne dure que le temps d’un tombeau fermé.

Au matin de Pâques, le message de Jésus ne revient pas comme un slogan plus puissant que les autres. Il revient sous la forme d’une présence.

Marie entend son nom.

Thomas voit les plaies.

Pierre reçoit de nouveau une mission.

Les disciples d’Emmaüs reconnaissent Jésus à la fraction du pain.

« Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent. »

Évangile selon saint Luc, 24, 31

La Résurrection devient ainsi un témoignage : l’amour exposé n’a pas été vaincu, la fidélité n’a pas été inutile et la mort n’a pas réussi à réduire la parole du Christ au silence.

Deux mille ans plus tard, cette parole se fait encore entendre.

Non parce que Jésus aurait crié plus fort que les autres, occupé la meilleure place ou protégé son influence, mais parce qu’il a livré sa vie jusqu’au bout et que le Père l’a relevé d’entre les morts.

Le témoignage chrétien naît de ce paradoxe.

Ce qui paraissait faible devient porteur d’une force que la violence ne peut détruire. Ce qui paraissait silencieux continue de parler. Ce qui semblait enseveli devient une source de vie.

La croix révèle jusqu’où va l’amour.

La Résurrection témoigne que cet amour est plus fort que la mort.


Sources bibliques et carmélitaines

Textes bibliques

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La Bible, traduction liturgique officielle, Paris, Association épiscopale liturgique pour les pays francophones – Éditions Mame, 2013.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 1, 23-29 : le Messie crucifié, la faiblesse de Dieu et le choix de ce qui est faible dans le monde.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 2, 1-5 : Paul annonce Jésus Christ crucifié sans s’appuyer sur le prestige du langage ou de la sagesse humaine.

Évangile selon saint Matthieu 26, 36-46 ; Évangile selon saint Marc 14, 32-42 : prière et angoisse de Jésus à Gethsémani.

Évangile selon saint Marc 15, 31-39 : moqueries au pied de la croix, cri d’abandon de Jésus et mort du Christ.

Évangile selon saint Jean 19, 25-27 : présence de Marie et du disciple bien-aimé au pied de la croix.

Évangile selon saint Luc 24, 1-12 : les femmes au tombeau et première annonce de la Résurrection.

Évangile selon saint Luc 24, 13-35 : les disciples d’Emmaüs et reconnaissance du Ressuscité à la fraction du pain.

Évangile selon saint Jean 20, 1-18 : Marie Madeleine au tombeau et annonce « J’ai vu le Seigneur ».

Évangile selon saint Jean 20, 19-29 : apparition aux disciples, don de la paix et rencontre avec Thomas.

Évangile selon saint Jean 21, 1-19 : repas au bord du lac et nouvelle mission confiée à Pierre.

Sainte Thérèse de Lisieux

Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Nouvelle Édition du Centenaire, Paris, Éditions du Cerf – Desclée de Brouwer, 1992, édition critique en huit volumes ; également disponible en édition courante réunie en un volume.

Manuscrit B, folios 4 verso à 5 verso : parabole de l’Aigle divin et du petit oiseau. Le passage sur les nuages, la pluie et le petit oiseau qui demeure tourné vers le Soleil se trouve principalement au folio 5 recto.

Derniers Entretiens, 6 août 1897, n° 8 : explication de la petitesse spirituelle — reconnaître son néant, attendre tout de Dieu et ne pas s’attribuer les vertus reçues.

Pour une édition autonome accessible : Thérèse de Lisieux, Histoire d’une âme – Manuscrits autobiographiques, Paris, Cerf–DDB, édition établie d’après le texte critique de la Nouvelle Édition du Centenaire.

Sainte Thérèse d’Avila

Thérèse d’Avila, Œuvres complètes, traduction de Mère Marie du Saint-Sacrement, édition établie, révisée et annotée par les Carmélites de Clamart et Bernard Sesé, Paris, Éditions du Cerf, 1995.

Réédition disponible : Thérèse d’Avila, Œuvres complètes, tome I : Œuvres, introduction de Tomás Álvarez, Paris, Éditions du Cerf, 2023.

Le Château intérieur ou Les Demeures, Sixièmes Demeures, chapitre 10, n° 7 : « Dieu est la souveraine Vérité, et l’humilité consiste à marcher dans la vérité. » Le repère scientifique couramment employé est 6 Demeures 10, 7, ou 6M 10,7.

Saint Jean de la Croix

Jean de la Croix, Œuvres complètes, traduction de Mère Marie du Saint-Sacrement, édition établie, révisée et présentée par Dominique Poirot, o.c.d., Paris, Éditions du Cerf, 2001.

La Montée du Carmel, livre I, chapitre 13, n° 11 : série de maximes sur le détachement, dont « Pour venir à goûter tout, ne veuille avoir goût en rien ».

Nuit obscure, livre I, chapitres 8 à 14 : entrée dans la nuit passive des sens et purification des appuis sensibles.

Nuit obscure, livre II, chapitres 5 à 9 : nuit de l’esprit, obscurité de la foi et transformation intérieure.

Poème La Nuit obscure, strophes 1 à 5 : la nuit comme passage secret, guidé par l’amour, vers l’union avec le Bien-Aimé.

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Les numéros de pages peuvent varier selon les rééditions. Les références par chapitre, paragraphe, manuscrit et folio permettent de retrouver les passages dans toutes les éditions critiques.

Lydie GOYENETCHE