Entrer dans le temps de l’Avent
Le samedi 28 novembre au soir, l’Église tourne une page : une nouvelle année liturgique s’ouvre avec le temps de l’Avent. Les vitrines annoncent déjà Noël, mais la liturgie nous propose un autre rythme. Pendant quatre semaines, elle nous apprend à attendre, à veiller et à désirer Celui qui vient.
Quand change-t-on de calendrier liturgique ?
La nouvelle année liturgique commence le samedi 28 novembre 2026 au soir, aux premières vêpres du premier dimanche de l’Avent1. Comme la célébration du dimanche débute dès la veille au soir, la messe anticipée du samedi est déjà celle de l’Avent. L’année qui s’achève se sera conclue le dimanche 22 novembre avec la solennité du Christ Roi de l’univers2.
Cette date change chaque année. L’Avent s’ouvre au dimanche le plus proche du 30 novembre, donc entre le 27 novembre et le 3 décembre. Il s’achève le 24 décembre, avant les premières vêpres de Noël3.
Nous quittons aussi l’année A, marquée par l’évangile selon saint Matthieu, pour entrer dans l’année B : le dimanche, nous lirons surtout saint Marc4. Ce changement de lectionnaire5 rend la nouvelle année bien concrète pour chaque assemblée.
Le sens de l’Avent : attendre Celui qui vient
Le mot Avent vient du latin adventus, l’avènement : ce temps tout entier est tourné vers la venue du Christ6. L’Église lui reconnaît un double visage. Nous nous préparons à fêter sa naissance à Bethléem, et ce souvenir ravive notre attente de son retour à la fin des temps7.
Nous n’attendons donc pas que Jésus naisse : il est déjà venu. Nous apprenons plutôt à désirer l’accomplissement de ce qui a commencé à Noël. Saint Bernard parlait ainsi d’une triple venue du Christ8 :
- Hier : il est venu dans notre chair et notre faiblesse.
- Aujourd’hui : il vient en esprit et en puissance dans nos vies.
- Demain : il viendra dans la gloire et la majesté.
L’évangile du 29 novembre donne le ton de toute la démarche : « Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! » (Mc 13, 37)9. Veiller, ce n’est pas avoir peur de la fin. C’est garder le cœur éveillé pour reconnaître le Seigneur qui passe dans nos journées.
Ce chemin progresse en deux étapes. Jusqu’au 16 décembre, la liturgie nous oriente surtout vers le retour du Christ. Du 17 au 24 décembre, elle nous conduit plus directement vers la crèche10.
Une attente partagée : Israël, les pauvres et Marie
L’Avent nous met à l’école de trois témoins de l’attente : le peuple d’Israël, les pauvres de cœur et Marie.
Avec le peuple juif
L’Avent est le temps où notre prière rejoint le plus l’espérance d’Israël. Nous y lisons Isaïe, et nous reprenons l’attente d’un peuple qui a espéré le Messie jusque dans l’exil. Jésus, Marie, Joseph et Jean-Baptiste sont eux-mêmes juifs.
Le Catéchisme de l’Église catholique souligne cette proximité : juifs et chrétiens tendent vers un but semblable, la venue ou le retour du Messie. Il rappelle aussi la différence. Nous attendons le retour de Jésus, reconnu comme Seigneur et Fils de Dieu ; le peuple juif attend un Messie dont les traits restent cachés11. L’Avent nous fait ainsi découvrir une parenté dans l’espérance, sans effacer ce qui nous distingue.
Avec les pauvres des Béatitudes
« Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5, 3) : ils savent qu’ils ne se suffisent pas à eux-mêmes et attendent tout de Dieu. L’Ancien Testament parle des « pauvres du Seigneur »12. Celui qui est comblé n’attend plus rien ; celui qui manque peut encore espérer. C’est pourquoi l’Avent creuse en nous le désir. Le 13 décembre, Isaïe annonce justement une bonne nouvelle aux humbles (Is 61, 1).
Avec Marie après l’Annonciation
Le concile Vatican II place Marie au premier rang de ces humbles et de ces pauvres du Seigneur13. Son « oui » ne la met pourtant pas à l’abri. Accordée en mariage à Joseph, elle est déjà considérée comme sa femme, mais ne vit pas encore avec lui14. Elle se retrouve enceinte par l’action de l’Esprit Saint avant la vie commune.
Aux yeux de son entourage, Marie est donc exposée à l’accusation d’adultère. La Loi ancienne prévoyait la lapidation ; une pratique plus modérée s’était ensuite imposée, mais la répudiation restait lourde de conséquences15. Joseph lui-même décide d’abord de la renvoyer en secret, avant que l’ange ne l’éclaire (Mt 1, 19-20).
Les Évangiles ne nous disent pas ce que Marie a ressenti. Nous pouvons seulement deviner sa solitude : comment expliquer ce qu’elle vit ? Elle attend alors sans preuve à montrer, en s’appuyant sur la seule parole reçue. Marie nous apprend que l’attente de Dieu n’est pas toujours paisible : elle peut traverser l’incompréhension et rester confiance. C’est avec elle que nous pouvons prier la neuvaine de l’Immaculée Conception, qui nous accompagne dès les premiers jours de l’Avent.
Pourquoi la liturgie marque-t-elle ce temps ?
La liturgie change de visage parce que nous apprenons aussi par les yeux, l’oreille et le cœur : elle crée un manque pour faire grandir le désir. Le Missel demande que les fleurs et l’orgue restent discrets, afin de ne pas anticiper la joie complète de Noël16. Il ne s’agit pas de tristesse, mais d’une retenue qui prépare la fête.
- Le violet. C’est la couleur de l’Avent comme du Carême. Mais l’Avent est moins pénitentiel : il garde une tonalité d’espérance et de joie contenue17.
- Le Gloria se tait. Il n’est pas chanté aux dimanches de l’Avent18. Le chant des anges de Bethléem retentira avec d’autant plus de force à Noël. Il reprend toutefois le 8 décembre, pour la solennité de l’Immaculée Conception.
- L’Alléluia demeure. Contrairement au Carême19, nous continuons à acclamer l’Évangile, car nous attendons Celui qui vient nous sauver.
- Le rose de Gaudete. Le 13 décembre, là où c’est l’usage, le violet peut céder la place au rose20. Ce dimanche tire son nom du latin « Réjouissez-vous »21 : le Seigneur est proche.
- Les lectures. Isaïe nourrit notre espérance, Jean-Baptiste appelle à la conversion, et Marie accueille la Parole le 20 décembre.
- La couronne. Sans être un rite obligatoire, cette coutume s’est répandue dans les paroisses22. Une bougie de plus chaque dimanche : la lumière grandit à mesure que le Christ approche.
Ces signes ont une histoire ancienne. Dès le Ve siècle, en Gaule, on jeûnait trois fois par semaine de la Saint-Martin à Noël. Ce temps a ensuite été raccourci à Rome au VIe siècle, sous Grégoire le Grand23.
Vivre l’Avent ensemble à Bidart
Depuis la falaise de la chapelle Sainte-Madeleine24, le regard porte loin sur l’horizon : l’Avent nous invite à ce même regard. Pour entrer dans ce temps, trois gestes simples peuvent nous aider :
- Lire chaque dimanche l’évangile avant de venir à la messe.
- Allumer chez soi une bougie de la couronne et prendre un moment de prière en famille.
- Poser un geste de réconciliation ou de partage, pour faire de la place à Celui qui vient.
Pour commencer ce chemin avec Marie, la paroisse vous propose la neuvaine de l’Immaculée Conception. Elle s’ouvre le dimanche 29 novembre, premier dimanche de la nouvelle année liturgique, et s’achève le 7 décembre, à la veille de la solennité.
Alors, quand le Gloria retentira de nouveau à Noël, nos cœurs auront eu le temps de se préparer à l’accueillir.
Lydie GOYENETCHE
Notes
- Les premières vêpres sont la prière du soir qui ouvre la célébration d’un dimanche ou d’une solennité. Normes universelles de l’année liturgique, n. 3 et 11 (texte anglais). ↩
- Normes universelles de l’année liturgique, n. 6 (texte anglais). ↩
- Normes universelles de l’année liturgique, n. 40 (texte anglais). ↩
- Les évangiles de l’Avent 2026, année B, diocèse de Paris. ↩
- Le lectionnaire est le livre qui contient les lectures de la messe. Celles du dimanche suivent un cycle de trois ans : A, B et C. ↩
- « Qu’est-ce que l’Avent ? », La Croix, 2019. ↩
- Normes universelles de l’année liturgique, n. 39 (texte anglais). ↩
- « Qu’est-ce que l’Avent ? », La Croix, 2019. ↩
- Évangile du premier dimanche de l’Avent, année B, RCF, texte de l’AELF. ↩
- Normes universelles de l’année liturgique, n. 42 (texte anglais). ↩
- Catéchisme de l’Église catholique, n. 840 (texte anglais). ↩
- Jean-Paul II, audience générale du 21 mars 2001. ↩
- Concile Vatican II, Lumen gentium, n. 55, cité par Jean-Paul II, Angélus du 25 septembre 1983 (texte espagnol). ↩
- Pape François, audience générale du 1er décembre 2021. ↩
- Pape François, audience générale du 1er décembre 2021, citant Dt 22, 20-21. ↩
- Présentation générale du Missel romain, n. 305 et 313. ↩
- Présentation générale du Missel romain, n. 346 ; « Qu’est-ce que l’Avent ? », La Croix, 2019. ↩
- Présentation générale du Missel romain, n. 53. ↩
- Présentation générale du Missel romain, n. 62. ↩
- Présentation générale du Missel romain, n. 346. ↩
- Gaudete est le premier mot latin du chant d’entrée de ce dimanche. ↩
- « Qu’est-ce que l’Avent ? », La Croix, 2019. ↩
- « Qu’est-ce que l’Avent ? », La Croix, 2019. ↩
- La chapelle Sainte-Madeleine, Tourisme 64. ↩

